L'UNIVERS DE LA FANTASY

 

    Depuis quelques années nous assistons à l’émergence d’un style de littérature dite de Fantasy. Ce domaine est réservé à l’imagination et à l’étrange donc très souvent assimilé au rêve (il n’y a aucune construction ) voire même aux désordres mentaux (illusions, hallucinations ).

La Fantasy fut longtemps considérée comme une lecture puérile et de ce fait délaissée par la littérature française (ainsi relégué à la place du pauvre). Mais doit-on en lisant un livre basé sur le merveilleux se dire que ce domaine est exclusivement réservé aux enfants ? Est-ce un acte puéril de la part du lecteur ? C’est à travers ce dossier que je vais essayer de vous répondre par la négative.

Nous nous efforcerons dans un premier temps à travers différents exemples de définir ce domaine si vaste. Nous poursuivrons par une étude de ce phénomène et nous terminerons par l’étude succincte de deux œuvres magistrales de la Fantasy.

 

 

I/ Tentative de définition de la Fantasy et du merveilleux à travers différents exemples.

A/ La Fantasy.

* Héroïc Fantasy

L’Héroïc Fantasy est le domaine le plus répandu dans la Fantasy et il est aussi le plus connu car souvent adapté au cinéma (Les conan, Legend). Il adopte de grands schémas types. En effet l’époque à laquelle se déroule l’action se situe souvent dans un passé très lointain et le plus souvent en dehors de notre Terre. La trame de l’action est souvent reliée entre un preux chevalier, une princesse et/ou un trésor et bien sûr un monstre de type dragon. Il existe bien entendu des variantes mais dans son ensemble L’Héroïc Fantasy est souvent simple à comprendre.

Les auteurs les plus lus en matière d’Héroïc Fantasy sont :

- M. Moorcock (Le cycle d’Elric  étant le plus connu).

- F. Leiber ( Le cycle des épées ).

- R.E. Howard ( Conan ).

* Dark Fantasy

C’est le domaine le plus sombre : c’est le monde de l’étrange, de l’inexpliqué qui fait peur, des forces occultes inconnues maléfiques... Ces histoires sont le plus souvent dramatiques pour le héros car il est confronté à des forces maléfiques qu’il ne peut hélas pas combattre. Bien que rebutant aux premiers abords du fait de son fatalisme la Dark Fantasy offre aux lecteurs attentionnés une méditation profonde sur divers problèmes métaphysique et aux lecteurs imaginatifs des nuits agitées : en effet ces livres s’appuient essentiellement sur l’imagination du lecteur et jouent avec les peurs inconscientes de l’Homme.

Le fondateur de la Dark Fantasy est H.P. Lovecraft qui inventa le fameux mythe de Chtulhu. D’autres auteurs comme Lord Dunsang ou encore W. Hopehogdsom continuent dans le même sens que Lovecraft.

* Fantasy merveilleuse

La Fantasy merveilleuse est proche du conte de fée, on y rencontre de nombreuses races autre que les humains qui sont bonnes ou mauvaises telles que les elfes, les nains, lutins, etc. ou encore orcs, gnomes, et gobelins (il est cependant important de noter que le plus souvent la race humaine est très ambiguë car elle ne se situe pas dans un cadre totalement bon ou dans un autre totalement mauvais). Nous sommes en présence d’un monde qui fait rêver. En effet alors que le monde de L’Héroïc Fantasy peut paraître décadent, le monde de la " Fantasy pure " est quant à lui fascinant : chaque race vit plus ou moins en autonomie vis à vis des autres, et sont en parfaite symbiose avec la nature qui les entoure …

Le père fondateur de ce monde n’est autre que J.R.R. Tolkien avec sa fameuse trilogie du seigneur des anneaux que nous étudierons plus en détails dans la suite de ce dossier. Mais il existe beaucoup d’autres auteurs de Fantasy.

* Science Fantasy

On pourrait presque assimiler la Science Fantasy au Space Opéra ( ex : Star Wars ). Le plus souvent la période de l’action est inconnue mais elle se déroule souvent dans un univers technologiquement avancé (ex : présence de vaisseaux spatiaux).On y retrouve de grands archétype de sciences fiction mais le monde de la Science Fantasy possède en outre un domaine plus " énigmatique " : les écarts vis à vis de la science y sont très fréquent et ce monde est souvent gorgé de légendes, de prophéties, de mythes etc. Sinon la problématique du scénario est très proche de L’Héroïc Fantasy. On peut dire que c’est de " L’Héroïc Fantasy made in futur ".

 

Comme vous vous en êtes aperçu le terme Fantasy n’est pas français, il est anglo-saxon. Il ne possède pas d’équivalence en français, c’est pourquoi nous remarquons une profusion de termes anglo-saxons dans ce domaine de la littérature. On peut cependant les regrouper sous la bannière du merveilleux. On entend par merveilleux les contes de fées (contes & légendes) d’où cette fausse association avec la littérature enfantine.

Ainsi tous ces termes anglo-saxons (variés, regroupant des genres, importance, récurrence) sont en oppositions avec ceux venant du français ( tout est regroupé).

B/ Le merveilleux.

Nous venons de dire que le terme Fantasy pouvait être regroupé sous la bannière du merveilleux. Mais il est vital de ne pas se tromper avec différents domaines du merveilleux et de ne pas faire de fausses associations. Ainsi la littérature fantastique ou la science fiction ne sont pas à inclure dans une éventuelle équivalence du terme Fantasy : le fantastique représente une hésitation éprouvée par le héros ou par le lecteur qui ne connaît que les lois naturelles face à un événement surnaturel.

Cette hésitation (cf. le notaire dans Dracula) dans le fantastique s’oppose complètement au merveilleux : cette hésitation n’existe pas dans le merveilleux, car toutes les lois du monde sont créées et admises par le lecteur et le héros. Prenons par exemple l’œuvre de Terry Pratchett , les annales du disque monde. Dans son livre la mort est en fait Le Mort, un squelette rocker, la planète n’est autre qu’un disque soutenu en équilibre par une pyramide d’animaux mais tout cela est normal car le décor à été planté avec ces détails …

 

En définitive le terme français de la Fantasy regroupe trop de sous genres en opposition les uns des autres pour que l’on puisse utiliser à bons escients le terme merveilleux. On préférera donc les termes anglo-saxons pour plus de commodité.

II/ Etude du phénomène. (Succès commercial, consommateur).

Lorsqu’on se place au niveau commercial, on remarque que le domaine de la Fantasy et de ses produits dérivés se portent très bien. En effet nous assistons en plus d’une émergence de ce style de littérature , une explosion commerciale des produits dérivés.

Ainsi on note que les plus gros consommateurs de ces produits ne sont que des adultes et plus particulièrement la tranche des 25-30 ans. Ils sont friands de toutes ces nouveautés. C’est pourquoi un livre comme Elric fut réédité de nombreuses fois dans des collections de poches bien sûr mais aussi dans des collections de prestiges donc onéreuses.

Les livres ne sont pas l’unique ressource de ce style et c’est une des explications possibles à son expansion.

On observe en effet que les produits dérivés tels que les jeux de rôles (JdR) , jeux de cartes, magasines spécialisés, dessins animés, films etc. sont tous inspiré profondément des œuvres dites de Fantasy.

Ainsi pourra-t-on incarner le héros d’Elric ou encore un des personnages clé du monde de Lovecraft à travers leurs quêtes grâce aux jeux de rôles.

Les joueurs plus fainéants pourront quant-à eux utiliser des jeux construits d’avance avec des règles préétablies : les jeux de cartes en sont le parfait exemple (Spellfire, Magic, Le seigneur des anneaux…).

Les magazines spécialisés s’intéressent eux aussi à ce phénomène et sortent régulièrement des revues passant au crible ce large domaine.

Mais la véritable évolution vient des dessins animés/films. En effet le domaine de la Fantasy faisait souvent à des paysages extraordinaires, des races telles que les elfes, troll etc. Et il était très difficile voir quasi-impossible de retranscrire toutes ces descriptions dans un film. Mais avec les progrès réalisés et ce nouvel engouement nous voyons revenir ce genre à l’écran. Il y a par exemple en ce moment une adaptation au cinéma du seigneur des anneaux (très attendu).

Pour résumer, on s’aperçoit que les enfants ne sont nullement la cible visée par ce domaine et qu’en revanche les adultes achètent énormément de produits ayant attrait à la Fantasy. On prendra l’exemple de Star Wars : les personnes couchées devant les magasins de jouets n’étaient que des adultes impatients de tenir entre leurs mains la nouvelle effigie d’Obi-Wan Kenobi.

Mais cet engouement ne vient pas de nul part. Il répond en effet à un besoin créé par la société. En effet de plus en plus de gens ont envie de retourner aux sources face à une société de plus en plus technologique. C’est pourquoi elles se tournent vers le monde de la Fantasy car il leur apporte du rêve et parfois des réponses.

Tous ces thèmes sont développés dans ces livres, et nous allons donc passer à l’étude de deux exemples qui sont le seigneur des anneaux, et Star Wars.

III/ Etude succincte de deux exemples.

A/ Le seigneur des anneaux.

J.R.R. Tolkien et sa célèbre trilogie du seigneur des anneaux ont forgé un mythe de notre temps.

Résumé (cf. cassette vidéo)

 

D’où vient cette force de l’œuvre. Et pourquoi le lectorat est-il constitué des 25-30 ans ?

On trouve chez Tolkien une part incontestablement germanique dans les schémas qu’il emploie. Il est hors de doute que le fameux anneau, objet de la quête et catalyseur des actions, a été inspiré par celui des Nibelungen. Quant à la quête elle-même, elle ressemble fort à celle de Wotan et de Siegfried qui pour récupérer l’anneau, vont se livrer à une guerre désespérée contre les forces obscures représentées par Alberich, Fafner, et Hagen.

Il y a donc un parallèle avec les sources mythologiques qui sont profondes et fortes.

Tolkien nous propose dans son univers une création qui sur un plan religieux est fortement inspiré des religions chrétiennes ( au commencement rien n’est mauvais et le Mal s’installe après). Et tout au long de son œuvre il y a une constante opposition entre les forces du mal (dragons, orcs, trolls, etc.) et les forces du bien (elfes, magiciens, nain, etc.) => dualisme manichéen.

Cette confrontation Bien/Mal conduit à la catastrophe finale qui doit extraire le Mal de l’univers ( ó renouveau ). (Cf. Les thèmes récurrents des premières civilisations indo-européennes )

Tolkien à travers les personnages mis en scène dans son œuvre nous fait redécouvrir des éléments du folklore nordique ( à travers les trolls, dragons…). D’autres personnages au contraire nous plonge dans les mythes celtes. A ce propos est très intéressante la description de Lorien où règne la mystérieuse Galadriel.

Tolkien nous dit en effet : "  La destruction est lente en Lorien. Le pouvoir de la dame est dessus, les heures sont riches bien qu’elles paraissent brèves ; au Caras Galadon, où Galadriel détient l’anneau. "

La première phrase fait référence aux îles des pommiers (ou Emain Abluch ), la terre des fées des légendes irlandaises où nul n’est affligé de maladies, de vieillesse et de mort, où le temps n’existe pas.

Galadriel est la maîtresse de ce monde hors du commun aux pouvoirs à la fois divin et magique, est l’image des déesses des anciens celtes (=> elles régissaient le paradis des celtes et procuraient richesse, abondance, oubli du temps, non mort).

Ce n’est pas étonnant que l’on parle de mythe car il réalise à sa façon un syncrétisme mélange de mythes fondateurs de nos sociétés.

A notre époque où les gens ont besoin de repères il n’est pas étonnant que cette œuvre ait du succès.

Mais cet engouement peut s’expliquer aussi par les éléments philosophiques dont Tolkien a su enrichir son œuvre.

Pour Tolkien le progrès, et l’une de ses conséquences, l’industrialisation deviennent un réel danger pour l’Homme s’il le prive du lien profond et vital qui le lie à la nature.

Tolkien a exposé dans son livre sur les contes de fées, fäerie, les justifications des contes de fée (pourquoi l’Homme écrit des contes de fées). L’une de ces justifications est ce que Tolkien nommait le recouvrement = retrouver un état qui a été perdu . Cet état équivaut à la capacité de l’Homme à réellement investir le milieu naturel dans lequel il vit et à renouer le réel dialogue avec les êtres qui l’entourent ( rêve de la genèse -> Adam parle/communique avec les animaux au sein de la création).

=> c’est le désir profond (selon Tolkien) de le la race humaine.

Bien évidemment Tolkien va mettre dans son œuvre ce dialogue en scène puisque les héros vont avoir la chance d’entretenir un réel dialogue avec trois personnages qui sont eux-mêmes la personnification de la nature et des êtres vivants. Ainsi aura-t-on *Tom Bombadil (être de forme humaine vivant dans la forêt)

*L’ent (vieil arbre témoin de l’histoire des êtres vivants et de leurs guerres ó conscience )

*Les elfes (osmose totale avec la nature)

Leurs échanges de dialogues se feront avec beaucoup de difficultés car ces derniers sont repliés sur eux-mêmes : ils ont peur d’un déséquilibre dans leur monde.

Ces trois personnages vivent en harmonie avec ce qui les entoure, ainsi Tolkien nous invite à travers ces trois personnages au recouvrement.

La notion de mal dans cette trilogie est très importante et omniprésente. Dans son œuvre le peuple du mal (troll, dragons, etc.) sont divisés en de nombreuses tribus, dialectes différents : ils sont l’image de la dispersion.

Ce mal s’oppose " aux bons " qui forment une réelle coalition.

Sauron, le chef des forces du mal impose sa volonté sur les autres. Or pour Tolkien, chaque être doué de raison est né avec une volonté de libre choix et la pratique de ce libre arbitre est la marque distincte de son individualité : rien au monde n’est plus précieux.

Ainsi Gandalf, Elrond, Galadriel, Aragon , les chefs " bons " prennent-ils garde à ne jamais influencer le choix des autres personnes et répugnent même à donner un avis quand on leur demande.

Au contraire Sauron est tout autre liberté que la sienne et son anneau est le support d’une tentation de contraindre la volonté des autres.

Au-delà de cela on s’aperçoit que c’est le désir de posséder qui corrompt le cœur.

Ainsi l’anneau a-t-il rendu Gollum ignoble et misérable aux yeux des gens qui le rencontrent.

En effet un des points essentiels développés dans son œuvre est que le désir de posséder les choses et les êtres est entièrement mauvais.

Dans son livre Fäerie, il exposait que les choses perdaient de leur valeur une fois que nous nous les étions appropriées légalement ou mentalement : " puis les avons enfermés dans notre coffre en les considérant comme acquis et par de ce fait nous avons cessé de les regarder "

Tolkien insiste sur le fait nous devrions voir les choses telles qu'elles sont c’est à dire séparées de nous-mêmes.

Nous n’avons pas à être semblables à des dragons accumulant des trésors dans leur tanière avec tout ce que nous pouvons nous accaparer dans le monde vivant qui nous entoure. Les êtres et les choses ne sont pas destinés à être notre propriété ; ils n’appartiennent qu’à eux-mêmes. Ceci est la loi de notre nature et de la leur. La sanction pour l’avoir volé est l’anéantissement dans la tourmente pour Gollum, la perte de la sensibilité pour Sauron, l’exil hors du monde au sain de la réalité comme pour les esprits des anneaux ( Nazguls ).

 

Cette œuvre est trop riche dans ses thèmes profonds pour que l’on puisse considérer cette œuvre de puérile.

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